En Amérique
EAN13
9782246651512
ISBN
978-2-246-65151-2
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
ESSAI FRANCAIS
Nombre de pages
400
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
438 g
Langue
français
Code dewey
844
Fiches UNIMARC
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Indisponible
Comment publier ça sans dire merci

à Philippe Paringaux,

qui pendant dix ans m'a laissé faire,

avec la pudique coquetterie

de laisser penser que ça allait de soi.

Sinon, surtout et d'abord,

c'est pour mes enfants.

De très loin ce que j'ai

de plus précieux à leur transmettre.

Mythomane 1Ice T

Gangsta tchatche

Comme rapper, il est bon comédien. Comme acteur, il rappera toujours assez pour s'en tirer indemne. Mais dès cette interview, en 1989, il était clair que ce que Ice T fait le mieux, c'est d'abord d'être Ice T.

“Jamais dealé. Je ne prenais pas de défonce. J'étais contre, en fait. Aujourd'hui, pareil : je ne me défonce pas. Bois pas, fume pas, rien. Ce qui m'éclatait, c'était les délits que je commettais. Le vol. Ça, ça m'envoyait en l'air. Attention : jamais la propriété privée. Magasins, uniquement. Il y a des tas de coups que j'ai faits dont je veux pas parler parce qu'il y a pas encore prescription, mais disons ça comme ça : je traînais avec une équipe de sbires et on ramassait comme ça de 1 000 à 2 000 dollars par jour. J'achetais des Porsche. J'avais une maison à 150 000 dollars – tout ça sans bosser, vous suivez ? Pour rien au monde vous m'auriez fait bosser. Tenez, ça, je peux le raconter : savez ce qu'on faisait ? On s'imprimait des cartes de crédit. Un coup, comme ça, un de mes gars voit une pub pour American Express à la télé avec un athlète vachement connu qui brandissait sa carte à l'image et qui disait ‘regardez tous, moi je l'ai, voici ma carte', ou un slogan nœud comme ça. Tout fier. On a noté le numéro de sa carte, la date d'expiration, tout, on a pressé une carte et on lui a fait des carbones à travers tout le pays. Un coup, on est allés aux Bahamas grâce à des fausses cartes – et sans regarder à la dépense, croyez-moi ! Donc, je faisais ça. Mais pendant mes moments perdus, dès ce moment-là, je commençais à rapper.”LA RIME PAYE

“Toujours été grande gueule. Clown de la classe, tout ça. Toujours été un superbaratineur. Une patrouille nous coinçait, c'était toujours ‘yo, let Ice talk'. C'était moi qui embrouillais les flics. Quand j'étais gamin, je lisais tous ces polars noirs par Donald Goines, Robert Beck et tout, mais surtout Pimp – the story of my life (Proxo – l'histoire de ma vie, l'autobiographie que Beck a écrite sous son nom de guerre, Iceberg Slim). Aux récrés, j'en récitais des passages par cœur, en les faisant rimer, comme des raps, donc. Rien de sérieux. Je le faisais juste parce que ça plaisait aux gonzesses. Juste un truc pour tirer. Ma seule ambition, à l'époque, c'était d'être bandit. Pas la moindre intention de faire quoi que ce soit de légal un jour. J'étais sûr d'avoir aucune chance, légalement – remplir un formulaire, être convoqué dans le bureau du gars, tout ça. Si tu choisis le crime, t'as pas de formulaires à t'emmerder avec. Tu vois ce qui te plaît, tu vas le prendre, c'est marre. Un jour, comme ça, un gars qui tenait un salon de coiffure m'a demandé si ça me plairait de faire un disque. J'ai fait le disque – toujours pareil : rigoler, plaire aux gonzesses. Pas vu un centime, notez. Mais je m'en foutais. Je m'étais pas attendu à des fortunes non plus. J'ai continué comme avant. La journée, on volait, on faisait des casses. Le soir, on sortait en boîte, les autres graissaient le patron : ‘Yo, let Ice rap !' Je prenais le micro et j'amusais la galerie. C'est comme ça que les gars qui faisaient le film Breaking m'ont remarqué un jour et qu'ils m'ont engagé pour être sur la bande originale. J'ai marché parce que là, en plus du disque, j'étais dans le film – ça me faisait marrer d'être dans un film. Et tous mes collègues m'encourageaient, genre ‘Yo ! Do it !'. Voyez ? Il faut bien réaliser, à l'époque, le rap n'avait rendu personne super-riche comme aujourd'hui. Même Run DMC ne s'était pas encore fait payer. Okay : la BO de Breaking est sortie. Cinq millions d'exemplaires. J'ai reçu un chèque et là, je me suis dit : oh. Arrêtez tout – ça paye, cette connerie ! Yo ! Cette connerie paye ! Là, j'ai commencé à prendre ce truc de rap au sérieux. Sauf que j'étais nul. Je n'avais pas de style personnel. J'essayais de copier Run DMC et c'était lamentable. Les gars de ma horde m'engueulaient, genre ‘Yo, pourquoi tu rappes pas comme dans le temps ?' Du coup, je me suis remis à raconter des histoires de gangs, de maquereaux, de dealers, de casses, mais cette fois, je les tirais plus des bouquins, je les tirais de ce que j'avais connu dans la rue. C'est comme ça qu'est né mon style d'aujourd'hui.”DU GOÛT DES COULEURS

“Du fait que j'habitais L.A., au début il a fallu que je m'impose. Les rappers de New York ne me prenaient pas au sérieux. Tout le monde s'imagine que L.A. est une colonie de vacances. J'entendais dire ‘Ice fait des rimes au bord de la piscine' et tout. Pour ça que j'ai défendu le film Colors. Je l'aurais défendu même si j'avais pas écrit la chanson titre. Colors montre aux gens quelle heure il est vraiment à L.A.

On aborde des sujets comme ceux que j'aborde, il faut faire attention à ce qu'on dit. Exemple, je parle des drogues : je peux dire que je trouve pas ça cool. Mais en faisant gaffe à la façon dont je le dis. A moi de savoir si je veux encore traîner dans les rues de L.A. après la sortie du disque. Le vrai test, genre, ç'a été Colors, justement. Vachement facile de faire une chanson comme ça et de plus pouvoir mettre le nez dehors après. Il fallait bien faire gaffe à ne favoriser aucun des deux bords. Là, les deux camps (les Crips et les Bloods, les deux principaux gangs de Los Angeles) m'ont à la bonne. Du moins, tant que je fais gaffe. C'est assez délicat. Genre l'autre jour, je suis avec Run (DMC) et Grandmaster Dee (Whodini), on glande comme ça à Long Beach et voilà une bande de Crips. L'air mauvais. Je les vois, je dis à Dee, ‘Yo, surtout, ne fixe pas les mecs en bleu'. J'ai pas fini de dire ça, un Crip agrippe la chaîne en or de Dee. Il est là : ‘Yo, boy ! C'est de l'or ou juste du plaqué merdeux, boy ?' Je dis : ‘Yo, tout est cool. C'est Grandmaster Dee de Whodini et je suis Ice T.' Il dit : ‘Oh ! Vous êtes des bouffons, en plus ? Ça, par exemple. J'avais cru que vous étiez juste deux gros enculés de négros suceurs de bites, yo.' Je me dis : okay. Celle-là, je la laisse passer. J'ai pas répondu macho ni rien, parce que je voulais en sortir vivant. J'ai juste dit : ‘Yo, vous êtes cool. On a rien contre vous tous, yo.' Les autres sont venus et ça a assuré, après. Mais tu fais gaffe, avec ces gangs. Un tas de gus diront le truc qu'il faut pas dans un cas comme ça.”CONCEPT ALBUMS

“Ce que je fais, c'est même pas du rap – plutôt comme ces cassettes qu'ils font maintenant où un gars te lit un livre, ou comme un film que t'aurais que le son. Mon premier album Rhyme pays, c'est comme une seule chanson : tous ces titres se tiennent, voyez. Mon deuxième album, Power, c'est comme une seule chanson. Chaque chanson de l'album, en fait, vient comme un couplet de la grande chanson Power.

L'inspiration me vient de ce que je vois, et aussi par exemple du courrier que je reçois. Par exemple, les mômes m'écrivent ‘Ice T, pourquoi on t'entend jamais à la radio ?' Je réponds dans Radio Suckers. Ou ‘Ice T, man. Je suis fan de toi depuis le début, mais là, maintenant, des tas d'autres gens sont fans de toi et je suis pas fan de ça.' Je leur dis, écoutez Take It Personal, tout sera cool. Ou ‘Ice T, je t'ai vu sur la tournée Def Jam. C'est toi qui jouais en premier, mais tu piquais le show à tous ceux qui venaient après.' Je m'en sers pour Grand Larceny. Et ainsi de suite. J'ai encore plein de sujets, comme ça, que j'entends bien aborder à l'avenir !”LE RAP TUE (L'EAU FERRUGINEUSE, NON)

“Tipper Gore. Voyez qui c'est ? (épouse de Al Gore, fondatrice du Parental Music Resource Center, les joyeuses commères de Washington favorables à l'interdiction de certains disques aux moins de 18 ans) Elle dit ‘le rap tue'. Le rap tue ! Comme dans le temps, je me souviens, ils disaient ‘le rock & roll tue'. Alors je me suis dit, je vais mettre un petit scénario en prologue et épilogue de Power : un môme en flingue un autre à cause d'une cassette de mon album, et l'autre saigne pendant toute la durée du d...
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