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Les Croix de bois

Les Croix de bois

De Roland Dorgelès
Illustrations de Facundo Percio
Adapté par Jean-David Morvan
En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 19,90 €
jeudi 10 septembre 2020 4 étoiles

Albin Michel en 1917, fondateur des éditions du même nom, signe les yeux fermés un contrat avec un jeune journaliste. Celui ci porte alors un uniforme, il s’est engagé volontaire, trichant sur sa santé. Il écrit sur la guerre. Il s’appelle Roland Dorgelès, il écrit Les Croix de Bois et manque à son retour en 1919 le Goncourt à deux voix près. C’est Marcel Proust avec « Les Jeunes Filles en fleurs » qui l’emporte. Mauvais perdant Albin Michel fait poser un bandeau sur le roman de Dorgelès: « Prix Goncourt, par 4 voix contre six! ». Normal après cette histoire que la maison d’édition en reprenant la publication de Bd adultes s’attaque de nouveau à ce texte fondateur. Plus qu’un récit romanesque, la BD en s’appuyant sur le quotidien, dit la guerre mieux que des milliers de pages, y compris lorsque changeant de couleur dominante, les auteurs évoquent la vie civile marquée par l’ignorance, l’oubli ou la trahison.

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Beate et Serge Klarsfeld, un combat contre l'oubli

Beate et Serge Klarsfeld

un combat contre l'oubli
Illustrations de Sylvain DORANGE
De Pascal Bresson
En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 25,00 €
jeudi 10 septembre 2020 4 étoiles

La couverture de la BD dit beaucoup. Beate Klarsfeld crie dans un mégaphone. Elle est l’activiste, la révolte en mouvement et en paroles. Serge Klarsfeld est en robe d’avocat, un ouvrage de « La Loi » à la main. Il est l’action judiciaire, l’homme des procès. En fond, des silhouettes sépia, évanouies et évanescentes représentent le combat de leurs vies: rendre justice à ces déportés, leur redonner existence et honneur. Un détail enfin: chacun serre la main de l’autre dans un geste de tendresse et de solidarité. La vie des Klarsfeld est en effet indissociable de leur vie personnelle. Cette Bd remarquable montre à quel point leur action commune est le puissant moteur de leur amour fusionnel.

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Chavirer

Chavirer

De Lola Lafon
Indisponible sur notre site Indisponible sur notre site
mardi 01 septembre 2020 4 étoiles

Légèreté, porté, agilité mais aussi fragilité, l'art de la danse classique ou moderne, c'est tout cela et Lola Lafon nous le fait découvrir de l'intérieur. Paillettes, strass mais aussi maquillage épais, double collant, pour masquer les blessures. Blessures physiques bien entendu mais aussi psychologiques comme celles de Cléo, qui à l'âge de 13 ans va se voir proposer une bourse par une mystérieuse Fondation qui auditionne les jeunes candidates dans le XVI ème arrondissement de Paris au cours de diners intimes. Par strates chronologiques successives, par des points de vue de personnages variés, l'autrice remonte près de quarante ans de la vie de Cléo, une vie brisée sous l'emprise d'une culpabilité irradiante. Un roman proche du livre de Vanessa Sprintera, "Le consentement".
Aussi fort, aussi éclairant. Aussi indispensable.

Eric


Avant les diamants

Avant les diamants

Maisons, Dominique
Indisponible sur notre site Indisponible sur notre site
jeudi 27 août 2020 4 étoiles

Cela sent la clope. Le sexe. Le vice. Le fric. Bref, disons le crûment: cela pue. Nous sommes en 1953 du côté d’Hollywood, de ses starlettes et de ses magnats aux gros cigares, de ses décors en carton pâte. Derrière les ranchs en contreplaqué, les fontaines en stuc, les sourires sur papier glacé, c’est un jeu mortel qui se joue. Pendant que John Wayne montre la grandeur de l’Amérique en chassant les indiens sur le grand écran, Mickey Cohen et la mafia tirent les ficelles d’un spectacle qui en cette période de Maccarthysme et de pudibonderie joue en permanence entre l’hypocrisie et l’intérêt national. Les ligues de vertu catholique censurent le décolleté trop profond mais les apprenties actrices sont obligées de coucher pour obtenir un rôle.
C’est dans ce contexte que débute le roman: l’armée décide de s’immiscer dans la production cinématographique afin de donner une image positive d’une Amérique idéalisée. Le major Chance Buckman a pour mission de briser l’hégémonie de la mafia et de faciliter l’émergence de nouveaux producteurs plus obéissants idéologiquement. Recherche de fonds, d’acteurs et d’actrices, achats de ligues de vertu, tout au long d’une vaste fresque splendide, somptueuse et noire, l’auteur nous emmène dans les bas fonds des productions hollywoodiennes.
Ce sont un producteur cynique et pervers, un militaire parieur invétéré, un prêtre immoral, une apprentie starlette misérable, qui sont les véritables acteurs pathétiques de ce récit aux multiples rebondissements. Les excès de cruauté et de cynisme, le récit très cinématographique nous font penser à une mise en scène de Quentin Tarantino. En refermant l’ouvrage, on ne peut que penser à Harvey Weinstein et aux 70 années nécessaires pour que le sort des femmes dans l’industrie du cinéma commence à changer. Un long chemin que, dans un cadre totalement romanesque, Dominique Maisons nous invite à parcourir.

Eric


Inge en guerre

Inge en guerre

De Svenja O'Donnell
Traduit par Pierre Guglielmina
Indisponible sur notre site Indisponible sur notre site
jeudi 27 août 2020 4 étoiles

C’est un peu comme ouvrir une boîte à chaussures dans laquelle s’entassent des photos couleur sépia avec au dos un nom, un lieu, une date, un visage, et l’envie de savoir qui se cache derrière celui ou celle qui sourit à l’objectif. C’est cette démarche que suit Svenja O’Donnell en partant sur les traces de sa grand-mère Inge. Née en 1922, à Königsberg en Prusse Orientale, Inge va y grandir pendant la montée du nazisme. Peu loquace, peu affective, que fit elle pendant cette période? Ce n’est pas sans crainte que l’autrice se décide à fouiller le passé d’une ascendante allemande marquée par sa nationalité, comme coresponsable de l’horreur nazie. Le livre hésite, tâtonne, cherchant à savoir si Inge faisait partie des « bons », des « méchants », ou de ceux « qui se trouvaient au milieu ». Peu à peu au rythme syncopé de la parole libérée de la grand-mère les secrets se dévoilent et l’ouvrage prend une ampleur nouvelle, les souvenirs familiaux s’entrecroisant avec la grande Histoire. En suivant Inge, ses parents dans leur incrédulité, leur hésitation, leur opposition silencieuse face au nazisme et enfin leur fuite en 1945, on voit défiler devant nos yeux des milliers d’êtres vivants marqués dans leur chair, leur quotidien, par la guerre que leur peuple a voulu.
Le monde binaire s’efface progressivement.
L’historienne enquêtrice s’interroge sur le droit et le bien fondé de ses recherches susceptibles de raviver des blessures enfouies. En la lisant on peut simplement lui dire que grâce à son travail, sa grand-mère qui a tu ses « secrets », plus sûrement ses souffrances, pendant soixante dix ans a enfin trouvé une oreille sensible capable de la soulager d’un poids immense. Inge est décédée en septembre 2017, dans son sommeil, à 93 ans en Pologne. Sereinement et sans souffrances. Elle s’était délestée à temps de ses fantômes.

Livre conseillé par Marie et Eric


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